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Terre plate : le problème des avions

Afin de défendre sa théorie improbable, le platiste aura souvent cet argument : les avions ne peuvent voler d’un continent à l’autre dans l’hémisphère sud et c’est pour cela qu’il n’y existe pas de voies aériennes commerciales intercontinentales. Oulà, qu’est-ce que c’est que cette histoire, encore ?

avion
Pixabay

Les « observations » des platistes concernant les vols commerciaux

Depuis que certains gourous de la Terre plate ont décrété cela, les platistes affirment à tort et à travers qu’en raison de distances trop importantes, les vols commerciaux sont impossibles dans l’hémisphère sud. En effet, en regardant « leur » carte, les distances sont totalement exagérées une fois passé l’équateur, mais c’est la projection azimutale équidistante qui veut ça (j’ai d’ailleurs lu hier que cette carte avait été cachée à l’humanité jusque-là, alors qu’elle a été créée par Guillaume Postel en 1580 mais passons).

carte des vols avions

Ils vont donc, pour appuyer leurs dires, s’appuyer sur les sites de tracking de vols commerciaux, et notamment sur Flightradar24, pour faire l’observation suivante : Sur les vols intercontinentaux, notamment entre l’Afrique et l’Amérique du Sud, les avions disparaissent des radars. Donc on nous cache forcément quelque chose. Ça, c’est le point 1.

Pour le point 2, ils constatent que les routes aériennes forment des courbes et non des lignes droites lorsqu’on regarde sur une carte. Ils en déduisent donc une bizarrerie et pointent du doigt le fait que s’ils retracent ces routes sur « leur » carte, elles font des trajectoires plus rectilignes et donc plus logiques.

Voyons ce qu’il en est.

Les avions fantômes de Flightradar24

Tout d’abord, il faut savoir que, contrairement à ce qu’affirment les platistes, Flightradar24 (FR24) ne suit pas TOUS les avions. En effet, si l’on regarde la page About/How it works (À propos/Comment ça marche), ce que se sont bien gardés de faire les platistes, on peut y lire que seuls les avions ayant un transpondeur compatible sont suivis.

Et on y lit ensuite que seuls les systèmes suivants sont utilisés : ADS-B et multilatération.

C’est surtout l’ADS-B qui nous intéresse (et qui intéresse FR24 d’ailleurs). Ce système diffuse en continu la vitesse et la position de l’avion par ondes radio et, depuis quelque temps, par satellite. Concernant la partie par radio, FR24 est connecté à des milliers de récepteurs, vous pouvez même fabriquer le vôtre et leur proposer de l’utiliser. Mais ces récepteurs ont une portée limitée entre 250 et 400 kilomètres, et le suivi est donc difficile au-dessus des océans.

Un vol Melbourne/Santiago ? On m’aurait menti ?

Le platiste objectera alors que le suivi se fait correctement au-dessus de l’Atlantique. C’est vrai, et cela tient au fait que le suivi se fait aussi par satellite (ces mêmes satellites qui n’existent pas) sur cette zone, en utilisant notamment le nano-satellite GOMX-3, qui leur fournit les données précisément pour cette zone. Cette solution a été mise en place en 2016, fruit d’une collaboration avec Airbus Defense and Space (ADS) et GomSpace. Mais hélas cela ne concerne pas l’hémisphère sud.

L’ADS-C

Pour autant, si les avions « disparaissent » des radars publics tels que FR24, il ne disparaissent pas pour l’aviation civile pour autant. Ils utilisent simplement un autre système de signalisation, l’ADS-C. Et contrairement à l’ADS-B qui envoie automatiquement les informations 2 fois par minute à tous les récepteurs, l’ADS-C envoie les informations plus sporadiquement mais nécessite auparavant une liaison satellite avec la station concernée. Ainsi, sur une ligne Santiago/Auckland, l’avion pourra envoyer ses informations à Auckland quelques minutes seulement après avoir décollé.

Le système ADS-C est une communication point à point, et non une diffusion globale. C’est donc pour cela que FR24 n’y a pas accès, et c’est donc pour cela que les avions « disparaissent » peu de temps après avoir décollé et « réapparaissent » peu avant l’atterrissage, c’est à dire uniquement quand ils sont à portée des récepteurs radio.

Des trajectoires bizarres ?

Le platiste vous demandera « pourquoi les vols décrivent des courbes plutôt que des lignes droites ». En effet, si l’on regarde un vol Paris/New York sur une carte du monde classique, celui-ci décrit une courbe et non une droite, et le platiste mettra cette bizarrerie en avant, arguant du fait que cette même trajectoire, reportée sur « sa » carte, est plus rectiligne et logique.

Mais alors, pourquoi ? La réponse est très simple, et il a même, sans le savoir, des éléments de réponse. La trajectoire fait donc une courbe sur une carte du monde. Mais cette carte est-elle géométriquement fiable ? Eh non, mettre à plat une sphère est impossible sans créer des déformations, et la carte du monde « foireuse » que nous présente le platiste est une projection de Mercator, qui offre elle aussi son lot d’inexactitudes.

Lorsque le platiste nous montre « sa » carte, la trajectoire est plus logique, car sa projection est centrée sur le pôle nord, et que les distances de l’hémisphère nord sont mieux respectées. Mais si on projette cette carte sur une sphère, on constate… que cela marche aussi ! Le platiste a juste quelques lacunes en géographie et en géométrie, rien de plus, rien de moins.

Google Earth

En conclusion

Il est évident que le platiste ne va pas s’arrêter là. Pour lui, ces histoires d’ADS-B/C sont du pur mensonge (n’en déplaise aux pilotes), les vols trans-pacifique n’existent que depuis qu’ils ont soulevé le problème, bref, quoi qu’il arrive c’est la foire à la mauvaise foi. Personnellement, entre savoir et croire, j’ai fait mon choix !

Sources

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